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La fusion internationale devient une nouvelle voie pour les investissements à l'étranger pour les entreprises chinoises
2006-06-30 02:43  CRI

Dans le système d'économie mondialisée qui s'est dessiné à l'orée des années 90, les opérations de fusions font désormais partie du quotidien des multinationales dans les pays développés. Concrètement, une fusion désigne toutes les opérations à travers lesquelles une entreprise prend le contrôle de la totalité ou d'une partie d'une autre entreprise. Cette première société peut le faire en achetant des actions de cette seconde entreprise. On parle dans ce cas-là d'acquisition ou de rachat. Mais elle peut aussi associer son propre capital à celui de cette entreprise. On parle alors de fusion propre.
Et à partir du début de l'année 2005, on a vu une série d'entreprises chinoises commencer à se mêler elles-mêmes des opérations internationales de rachat ou de fusions d'entreprises. Des entreprises chinoises qui, par le passé, souffraient de la réputation de manquer cruellement de technologies propres.

Là encore, un exemple emblématique vient à l'esprit : celui du rachat par la société chinoise Lenovo de la branche PC du géant américain IBM, rachat que nous avons mentionné tout à l'heure? Mais plus près de nous, on peut aussi citer les velléités de rachat par le groupe pétrolier chinois CNOOC de la société américaine Unocal. Des offres d'achat qui ont focalisés les projecteurs du monde entier sur les nouvelles multinationales d'origine chinoise.

Reste à savoir pourquoi ces entreprises chinoises ont décidé de prendre les devants et d'investir ainsi à l'étranger à ce moment-là? D'autant que, nous allons le voir, ce type d'opérations se déroule rarement sans embûches...

En mai 2005, le groupe Lenovo, numéro un dans la production des PC domestiques, a racheté la branche PC d'IBM grâce à un apport de 1,25 milliard de dollars. Le nouveau Lenovo, né de cette acquisition, est ainsi devenu le troisième fabricant d'ordinateurs dans le monde avec une valeur de ventes annuelles proche des 13 milliards de dollars. Liu Xiaolin, directeur général de Lenovo, a précisé : « Lenovo connaît parfaitement le marché chinois et y jouit d'un bon rayonnement. Ses parts de marché y sont aussi très importantes. Et celles d'IBM sur le marché chinois le sont beaucoup moins. Lenovo dispose d'un réseau de vente performant en Chine, tandis qu'IBM dispose de ce type de relais dans le reste du monde. Côté produits, Lenovo est plutôt fort dans la production des ordinateurs de bureau domestiques. IBM est plus performant dans la fabrication d'ordinateurs portables destinés aux entreprises. A partir de ces points, les deux parties disposent d'une grande complémentarité. »

Une branche d'IBM rachetée par Lenovo, les Pétroles kazakhs rachetés par la CNPC, Rover racheté par le Groupe automobile de Nanjing, Marionnaud racheté par AS Watson. Toutes ces opérations ont dévoilé au monde les capacités d'insertion des entreprises chinois dans le « grand jeu » de la mondialisation.

On ne peut clairement plus faire abstraction des grands groupes chinois? Des groupes qui, avec le développement effréné de l'économie du pays, ont énormément gagné en maturité. Ils occupent de très grandes parts sur le marché intérieur et profitent de cet état de fait pour s'orienter de plus en plus vers des stratégies de fusions internationales.

Selon Chen Jian, ministre adjoint chargé du Commerce, les données statistiques de 2005 indiquent que les activités de fusion internationales sont déjà devenues l'un des principaux aspects que prennent les investissements étrangers menés par des entreprises chinoises. M. Chen a dit : « En 2005, le montant des investissements directs chinois à l'étranger a atteint 6,9 milliards de dollars, ce qui représente une augmentation de 26% par rapport à 2004. Le montant des investissements réalisés dans le but de réaliser une fusion a atteint 2,3 milliards de dollars. Cette croissance rapide et l'agrandissement du marché ont non seulement permis de promouvoir le développement économique et social chinois, mais ils ont aussi beaucoup contribué à restructurer l'économie mondiale et à répartir de façon rationnelle les fruits de la productivité. »

Des entreprises renommées en Chine, comme ZTE, Huawei, Hai'er, Hisens ou Lenovo, disposent de capacités d'innovation et de recherche et développement relativement satisfaisantes. Elles appliquent une stratégie mondiale en ayant recours aux investissements à l'étranger et à la coopération économique internationale. Et des secteurs comme l'industrie électroménagère, le textile, le prêt-à-porter et l'agro-alimentaire disposent d'avantages évidents.

D'ailleurs, certaines entreprises de ces secteurs ont créé des filiales à l'étranger pour y transférer leur surplus de productivité, de matières premières et de pièces détachées et former par là un réseau d'approvisionnement international.

Khalil Hamdani est directeur du département d'investissement de la Conférence des Nations-Uunies sur le commerce et le développement (CNUCED). Il estime que, ces dernières années, les fusions et acquisitions réalisées par les entreprises chinoises à l'international ont retenu l'attention de pas mal d'observateurs. Il a dit : « De 1999 à 2005, les entreprises chinoises ont monté au moins 277 projets de fusion à l'étranger, ce qui place la Chine au premier rang en Asie. Et l'an dernier, le pays a connu un accroissement du nombre des fusions impliquant des pays développés. Cela signifie que, d'un point de vue stratégique, les investissements chinois à l'étranger sont orientés vers des grandes marques, des techniques scientifiques et des équipements, y compris, bien sûr, sur le marché des pays développés. »

L'internationalisation des entreprises chinoises ne s'est pas faite sans encombre. A l'été 2005, sous la pression de la Chambre des représentants américaine, notamment, la CNOOC a du abandonner son projet de rachat de l'américain Unocal. Et dernièrement, Lenovo a rencontré certaines difficultés aux Etats-Unis, malgré le succès de son rachat de la branche PC d'IBM.

Début 2006, Lenovo avait été choisi pour assurer une commande de PC lancée par le Département d'Etat américain, commande dont le montant dépassait les 10 millions de dollars. Mais cette attribution du marché somme toute normale a rencontré une virulente opposition chez certains milieux politiques à Washington. Certains sénateurs américains ont même agité le spectre de la sécurité nationale, qui pourrait être menacée par l'achat d'ordinateurs de Lenovo. Sous ces pressions, le Département d'Etat américain a finalement honoré le contrat mais affecté ces ordinateurs à un autre usage. Et il se réserve le droit de réexaminer en détails tous les termes de ce contrat.

Ce qui n'empêche pas le DG de Lenovo, Liu Xiaolin, de garder confiance? Et d'estimer que, malgré les obstacles politiques, les entreprises chinoises n'abandonneront pas leurs aspirations à devenir de grandes multinationales. Il a dit : « Si les entreprises chinoises sont aussi nombreuses que les sociétés japonaises et sud-coréennes à passer les frontières, à l'étranger on pourra prendre conscience de leur puissance et reconnaître aux entreprises chinoises une légitimité à faire du commerce à l'étranger en respectant les règles du marché et sur la base d'une égalité de traitement. Les consommateurs étrangers pourront avoir de bons a priori sur les entreprises chinoises. Ils nous feront davantage confiance. »

Et selon certains experts, même si les quelques exemples de fusions-acquisitions que nous avons mentionnés ont une dimension spectaculaire qui a attiré l'attention d'observateurs du monde entier, la Chine ne joue encore qu'un rôle mineur sur cette scène mondiale. Les entreprises chinoises se positionnent en retrait dans ce domaine. Si l'on se base sur le niveau du PIB et du commerce extérieur, le montant des fusions-acquisitions de Chine est virtuellement dix fois inférieur à celui des Etats-Unis ou du Royaume-Uni, toutes choses égales par ailleurs.

Une chose dont Chen Jian, au ministère du Commerce, a d'ailleurs bien conscience. Puisqu'il a récemment pointé le fait que, malgré une croissance importante des investissements chinois à l'étranger, la balance des investissements reste déficitaire.

En d'autres termes, l'envergure de ces investissements est moins importante que celle des investissements étrangers en Chine. Par rapport aux pays développés, les opérations de fusions-acquisitions sont encore au stade du balbutiement en Chine. D'où le besoin impérieux de prévenir les risques dans ce domaine.

Le ministre adjoint chargé du Commerce a déclaré : «Les entreprises chinoises doivent prêter une grande importance aux différences qui séparent les fusions-acquisitions sur le marché mondial et sur le marché chinois. Il s'agit de profiter de leurs avantages et saisir les opportunités de fusion en réduisant les risques et en optimisant les rendements. Il faut intégrer les techniques financières utilisées dans le monde en les combinant : les contrats de liquidités, l'émission d'actions et la rémunération de ces actions. Les risques et le coût des fusions-acquisitions pourront ainsi être réduits. »

Et Chen Jian estime à ce titre que les entreprises chinoises ont encore du travail pour améliorer leurs capacités de gestion dans ce type de transactions. Il faut, selon lui, savoir former des personnels compétents capables de maîtriser et d'interpréter les règles du commerce international, l'environnement à l'étranger ainsi que les lois et règlements dans ce domaine.
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